17.09.2011

le livre...

 

  

Voici le premier tome du livre "le sourire oublié". La quête n'est certes pas terminée puisque l'aboutissement est la découverte de l'île mais toute chose arrive à son heure...

Ceux interressés par les histoires écrites dans ce blog y trouveront une réponse à leurs interrogations.

 

 

02.09.2011

le moteur céleste

le moteur.jpgCette histoire s'inspire de la suite de fibonacci qui du point de vue des scientifiques serait la preuve de l'existence de Dieu. Pourtant il semble que dans cette suite, 1, 1, 3, 5, 8 etc...quelque chose nous ai échappé

Par-delà les étoiles et les planètes, loin derrière le soleil, les galaxies et les trous noirs, bien plus loin encore que les limites de l’univers, flottant dans l’abysse du néant, et caché par l’obscurité d’une nuit permanente se trouve, l’impensable...le moteur céleste.


Quand je le découvris ce fut comme ouvrir une porte invisible qui avait toujours été présente devant moi. Comment expliquer par des mots ce que la raison ne peut comprendre, et décrire l’inconcevable. Dans son aspect, ce n’était ni un cube noir mystérieux, ni un œuf philosophique dont l’éclat blanc immaculé aurait irradié mon âme d’une paix sans égale. C’était un moteur comme on en trouve dans une voiture, à mi chemin entre la mécanique d’une horloge, et le diesel d’un camion. Rien de fuselé à l’allure d’un vaisseau interstellaire, plutôt un bricolage de gosse, une sorte de grand mécano rouge, bleu, jaune qui me faisait penser que Dieu avait le sens de l’humour, l’âme d’un enfant qui aime rire.
Mes pensées s’étaient envolées, j’étais captivé, incapable du plus simple raisonnement. Je regardais et j’absorbais je ne sais quoi. Tout y était mouvement perpétuel, changeant de forme, de couleurs, et d’apparence.  Le temps n’existait pas, j’étais en dehors de toute idée du monde. Je flottais tel un enfant qui rêve de voler dans les nuages. Je sus que certains souvenirs seraient effacés, un secret m’était dévoilé, mais il le resterait, enfoui à tout jamais au plus profond de ma mémoire.


Mon esprit s’évada dans les souvenirs du chemin parcouru. Une voie semée de toutes les questions et interrogations qui avaient dévorées mon esprit. Ma vie n’avait eu de sens que pour cela car le monde n’en avait aucun. Si j’en croyais tous les savants bien intentionnés, notre planète ne survivrait pas à  l’épopée humaine et aux cataclysmes qu’elle engendrait, ni non plus aux catastrophes planifiées et inexorables qui viendraient sans nul doute possible balayer toute vie humaine. Alors, sans chercher à sauver quoi que ce soit j’avais voulu savoir, comprendre à quoi tout cela rimait et en connaître la finalité.
Les brumes qui cachent le chemin du destin sont ainsi, insondables, vagues et diffuses, le temps n’y a aucune prise et vouloir à grands coups d’épée les découper est aussi vain que de se battre avec le vent. Mes désirs m’avaient engloutis dans un labyrinthe inextricable dont le fil d’Ariane s’était coupé un jour sans que j’en retrouve le bout.
C’est à la faveur d’une nuit d’été, que l’événement eu lieu, au cœur de la forêt, dans un campement improvisé qu’illuminait un feu dont les volutes scintillantes me désignaient le chemin à suivre. Mon âme perça la voûte de mon crâne telle une fleur qui s’ouvre à la vie et s’envola vers cet endroit qu’elle connaissait depuis toujours, cet endroit sans nom où prendrait fin mon calvaire. Je voyageais au travers de milliards de galaxies inconnues des hommes, découvrant tel un enfant qui ouvre ses yeux pour la première fois, une beauté, un ordre et une magnificence jamais encore dépeintes. Me revint en mémoire des œuvres et des tableaux qui s’étaient approchés de cet ineffable émotion, le sentiment d’être dans un tout incroyablement beau et vivant. 
Ma course continua dans ce que les initiés nomment l’inframonde et le supra monde. Je glissais dans l’infini des mondes parallèles telle une météorite dont la course ne peut être déviée, jusqu’a que je touche aux confins de l’univers, jusqu’à que plus rien n’existe et que l’obscurité du néant m’engloutisse.
Le voile des souvenirs se déchira et je contemplais de nouveau l’objet. J’eu envie de rire, c’était si...bizarre.


Passé le moment d’étonnement, je me suis avancé, pour comprendre son fonctionnement, mais  plus je m’en rapprochais, plus cela s’éloignait. J’ai donc cessé de bouger et de penser. J’ai du l’oublier une fraction de seconde car sans savoir comment je fus dessus, au cœur des engrenages, dans l’antre de la création. Mon cerveau s’était arrêté, comme serré dans un étau qui me comprimait les tempes, ma tête était prête à exploser. J’ai hurlé pour que cela cesse, un mot si simple qu’après coup, je fut surpris par tous les dégâts que cela occasionna « stop ! ».
L’univers implosa et disparut totalement, Bang ! plus d’étoiles, de galaxies, et tout le bric à braque qui forme le monde. Il n’y avait plus rien sauf le moteur, moi...Et du blanc. J’étais inquiet, à l’écoute du moindre bruit, prêt à me justifier, mais aucune porte ne s’est ouverte, aucun pas terrible ne s’est fait entendre, Dieu était absent, j’avais tout détruit, ruiné sa création, et « Dieu » n’en avait que faire.
Le temps n’existait plus, il aurait été difficile de dire combien de temps se passa,  5 minutes ou 5 millions d’années comment le savoir. J’étais déçu, l’indifférence totale, j’étais seul dans ce vide immense. Assis sur la machine, le poing fermé sous le menton, les jointures blanches de colère, je me mit à penser et à penser, et à penser à tout ce que j’avais quitté. Il y avait mon chien avec son air malheureux quand je le grondais, ses aboiements quand on partait en balade, le curé de mon village qui prêchait l’amour et qui avait oublié notre rendez-vous, le maire qui venait toujours prendre de mes nouvelles au moment des élections. Je haussais les épaules, à quoi bon, après tout j’étais aussi bien seul. Je devins triste et du coup, je pensais à mon ex et ses manigances, ses coups bas, au moins cette fois-.ci, elle avait disparu pour de bon. À cette pensée, j ‘eu un petit sourire, puis, je vis apparaître le visage radieux de ma petite fille. Mes yeux s’embuèrent, et mon cœur se serra. La vie était injuste.
Je voulus m’endormir pour oublier, mais le sommeil me fuya, j’observais alors la machine pour y déceler une énigme à résoudre, mais il n’existait aucun hiéroglyphe, inscription magique, ou notice d’emploi, 
J’étais seul, perdu dans ce blanc immaculé, image du paradis dans lequel ne se trouvait ni ange salvateur, ni le bienveillant St pierre devant sa fameuse porte, ni même les mille vierges consolatrices et affriolantes dont fait état un autre livre, il n’y avait rien, il n’y avait plus de sens à rien, c’était l’enfer. Je m’allongeais confortablement et j’attendis que quelque chose se passe, on ne sait jamais. Rien ne se produisit, à la place, je fus assailli par un cortége d’idées, d’images et de remords, le tout dans un désordre et un chaos incommensurable, il existait une autre machine qui ne voulait pas s’arrêter. Je respirais un bon coup pour chasser mes idées, tapa du pied sur la paroi du moteur pour en écouter un son, savoir s’il était creux, s’il existait un passage, une trappe, qui révélerait un secret. Mais j’en avais déjà fait le tour, j’en connaissais chaque recoin, c’était comme ouvrir un  tiroir pour la énième fois et y chercher des clés que l’on désespère de trouver.
Acculé dans cette impasse, je pris une grande inspiration, et d’un ton autoritaire je prononçai le mot magique « marche ».  Je fus plus étonné que déçu, rien ne se passa. La simplicité n’était pas de mise ici, j’ai toujours eu horreur des moteurs et des ordinateurs, j’avais espéré quelque chose de plus simple vis-à-vis de Dieu. 
Je ne sais combien de temps s’écoula, je m’é tais habitué à être seul et il arriva un jour où je n’eu même plus envie de savoir. Je n’avais besoin de rien, le mot fin serait venu clore le chapitre de ma vie que j’en aurais été soulagé. L’histoire aurait pu se terminer ainsi mon corps se transformant peu à peu en une montre flasque à la « Dali » l’aiguille arrêtée sur le châtiment dernier, l’heure ou les justes et les méchants seront jugés. Tout comme le dernier souffle d’un mourrant et dans un ultime sursaut, pris par une colère sans pareil, je hurlais, « M..de !!! ».


Ce fut mon dernier mot ici haut, un cri rauque, rageur, mélange de haine et d’espoir. Un appel désespéré destiné à la vie ou à la mort. Mais de la vie ou de la mort, le sort seul décide de ce qui doit être, et la grande dame encapuchonnée de son manteau noir peut avoir un visage bien plus effrayant que ce que l’on peut imaginer.
Bang! Cette deuxième déflagration me jeta dans un trou noir. L’intérieur de ma tête grésilla tel un boîtier électrique endommagé par la foudre. La sensation fut désagréable. Assommé par la violence du choc je tentais de me redresser. Mes yeux fouillèrent l’espace devenu tout gris. Le moteur céleste avait disparu à sa place était allongés les corps des hommes et des femmes présents lors de cette soirée. Un étrange voile me séparait de chacun. Le paysage était curieux, généré par des figures géométriques, un écho aux interrogations que j’avais eu à leurs propos. Un marchande de tissus m’en avait conté l’origine dont l’explication prenait sa source au travers d’une légende. L’histoire remontait à des temps lointains où les Dieux avaient côtoyé les hommes. Leurs demeures d’alors se nommaient Lémurie, Mu, Mieyhun et Atlantide. Nul ne sait ce qui avait entraîné la chute de ces civilisations et le départ précipité des Dieux mais avant de quitter la terre le conte raconte qu’ils auraient confié à une poignée d’hommes de précieux trésors. Le code était un de ces cadeaux, celui que l’on retrouve  dans nombre de dessins d’origine d’Amérique latine. Ces motifs de formes géométriques et clairsemés de touches de couleurs pures servaient entre autres à guérir les malades. Lors de transes, le guérisseur ou chaman selon l’expression avait le pouvoir de visualiser ce code et d’en réparer les parties brisées grâce à ses  chants.
En cet instant, élucider ce mystère m’était impossible car aucune des phrases qui allaient et venaient dans mon cerveau n’avaient de sens. Imaginez des milliers de mots dispersés dans une sphère et qui auraient été secoués puis s’afficheraient dans votre tête sans  aucun contrôle sur eux. 
Au commencement était le verbe, le verbe était Dieu, Dieu était le verbe citait l’évangile. Le verbe était-il ce code au travers duquel je percevais chaque chose?. Etais-je devenu fou ?. À vouloir percer le mystère divin j’étais entré en lui, je ne faisais qu’un avec lui, j’étais lui. L’idée grotesque s’imposa d’elle-même, éclatante de simplicité  et aussi ridicule qu’une étiquette accrochée à une pomme et la nommant « Dieu ». Dieu, j’étais devenu Dieu. Tout ce que je percevais provenait de mon langage, de mes pensées, de mes rêves. Tout chose autour de moi et ce jusqu’à la plus infime petite particule présente dans l’atmosphère était moi, moi, moi, moi et moi. Tout était moi, moi assis face à moi, moi face à ma création, moi reclus  dans une salle vide, regardant le dernier-né de ses films dont il ne peut faire partie. C’était insensé, cela ne pouvait être. « Aidez-moi !, aidez moi ! », mes hurlements de terreur et de désespoir s’élevèrent dans la grisaille. Aucun ne se leva, personne ne bougea, nul homme, femme ou animal ne m’entendait. Jamais je n’avais hurlé aussi fort, comment était-il possible que personne ne m’écoute ?. Mais comment l’auraient-ils pu, puisque  tous étaient issus de mon imaginaire, de mes mots.
Au sein de cette sphère dans laquelle se meut le langage, les mots s’agitent, cohérents et incohérents sans obstacle ni transition, sans espace vide ni arrêt – Il faut que je me lève. Dieu est bien assis, pourquoi dois-je prendre l’air, et si je trouvais une issue, je suis Dieu il n’y a pas d’issue. Dieu n’a pas de cœur, Dieu est tout alors il peut tout, Dieu est rien alors il ne peut rien, qui suis-je ?, Dieu, pourquoi suis je étendu, Dieu est bien assis, Dieu doit mourir, trouver un couteau se l’enfoncer dans le cœur, Dieu ne peut pas mourir il est tout c’est absurde – Les pensées s’affairaient, logique et illogique, absurde et raisonnable, ordonnées et chaotiques. Dans une demi inconscience mon poing frappa le sol pour y fixer une réalité, mais nul sensation ne me pénétra. J’enfonçais alors mes ongles dans ma chair puis labourais mes bras. Aucune souffrance ne vint à mon secours. Je ne ressentais ni douleur, ni colère, j’étais insensible. Un homme s’approcha de moi, « tu vas bien ? » me demanda t’il ?. Ais-je ri ou hurlé ?, je ne le sais plus, l’homme repartit. Plus tard il réapparût, la même scène tournait en boucle se jouant de nouveau dans les moindres détails deux fois, trois fois...dix fois. Étais cela la folie, uneerrance au sein d’un espace temps, ou futur, présent et avenir se rencontraient, et s’entrechoquaient au gré du hasard sans ordre ni loi ?. Combien de fois ais-je cherché un couteau pour me tuer puis me suis-je arrêté dans la minute, découragé par la pensée logique qui toujours suivait - Dieu ne peut pas mourir.  Les phrases se répétaient froides et informelles, déshabillées d’émotions susceptibles d’entraîner un désagrément ou un ennui. Les états d’âme n’appartenaient pas au  langage. Les fous dont les yeux sont vides de toute expression vivaient-ils dans ce lieu sans  loi ni temps, en dehors de toute règle, tout en étant toute règle?. Une de mes connaissances m’avaient raconté l’histoire d’un psychiatre qui avait vu son patient léviter lors d’une de ses consultations, pourquoi pas puisque la folie n’avait pas de barrières verbales.
Malgré cet incessant va et vient de pensées et répétitions, le langage n’était pas vide, ma conscience avait survécu et cherchait une issue à son non-sens, sa raison d’être. Le verbe avait une âme qui se nommait Dieu. Créer autre chose qui ne soit pas issue de Dieu ne pouvait être puisqu’il était tout. Aussitôt l’absurdité énoncée, d’autres pensées venaient effacer la question. Le langage n’acceptait aucune absurdité, ni illogique. Dieu, ne pouvait créer autre chose que lui et aucun raisonnement ne pouvait venir a bout de cette évidence. Pourtant, une faille  devait exister dans le système car la question poursuivait son chemin. Elle n’était qu’une répétition, mais elle perdurait, cherchant d’autres données se présentant sous la forme d’équations rapidement traitées puis écartées et remplacées par des mots sans queue ni tête. L’âne... le mot provoqua un déclic puis disparut sous une autre avalanche de mots. Un grain de sable s’était introduit dans les rouages. Le mot était absurde, stupide, mais il avait créé une résonance  qui cherchait à modifier le chaos. «tu vas bien?» nouvelle scène de l’homme qui s’avance, es-ce la cent unième?. Le temps n’a pas de valeur ici, chaque seconde avale la première, l’efface comme un souvenir dont la trace s’évanouit à jamais dans la vaste salle des pas perdus. Chaque moment est unique rattaché à rien, exempt de tout passé et futur. Vouloir prolonger une idée est irréalisable car dès qu’un blanc survient, il est aussitôt rempli par un mot, une phrase surgit du chaos. Le langage n’accepte aucun vide, il est plein. L’âne... le mot réapparut puis disparut faute d’avoir su accrocher un verbe ou un autre mot.. Le conte, l’âne, l’information fusa comme une étincelle illuminant les ténèbres. Dieu n’était pas seul à l’origine, ils étaient deux...Dieu n’était pas seul à l’origine ils étaient deux, deux !!!. Je hurlais cette phrase, puis la répétais comme si ma vie ne tenait plus qu’a ce simple fil. L’âne était un conte, une histoire que j’avais écrite par jeu pour amuser ma grande fille. La solution était cachée dedans. Comment imaginer qu’un monde parfait puisse se satisfaire de l’idée selon laquelle Dieu serait seul tout en haut de la pyramide?. La pensée est impensable, abstraite, idiote, illogique, et surtout inhumaine. La création était née d’une rencontre, quoi de plus évident et sensé alors que tout ce qui nous entoure nous confirme cette vérité dont nous sommes la preuve vivante. L’innommable, la déesse, celle par qui tout les contraires prennent un sens, elle, la beauté ou l’amour selon le nom que l’on lui donne était l’autre, celle qui avait donné la vie, un cœur et un sens au langage. Aussitôt cette vérité énoncée, mes pensées se calmèrent et cessèrent leur va et vient chaotique. Assis sur le sol, couvert de boue, les bras en sang, j’observais le paysage alentour, effrayé d’imaginer que cet enfer pouvait a tout moment recommencer. Le même homme que précédemment s’approcha, « tu vas bien ? » me dit il. Le code n’avait pas disparu mais il était à présent fractionné, entremêlé avec la réalité connue. J’hésitais à lui parler de peur qu’il ne soit pas réel. Ma main agrippa celle qu’il me tendit, elle était chaude. Un instant je me tins debout devant lui puis n’y tenant plus je le pris dans mes bras pour le pour le serrer contre moi. Des larmes inondaient mon visage, Je pleurais tel un naufragé qui soudain voit apparaître une âme après des milliers d’années. Il me tapota le dos comme à un enfant puis me regarda d’un large sourire et m’invita à le suivre au sein du campement où tous m’attendaient. Qui étaient-ils ?, je ne le saurais probablement jamais et cela importe peu. Installé de nouveau au sein de ce cercle formé par ces hommes et femmes, la seconde phase de la nuit débuta. Cela commença par un chant, puis après quelques minutes un second prit son essor pour s’accorder au premier puis au troisième et ainsi de suite jusqu'à que tous aient élevé leurs chants. Comment expliquer cette diversité de chants abracadabrants et l’harmonie parfaite qui en découlait sinon par ce petit rien qui pouvait tout Elle était là aussi, elle, la magicienne, l’invisible, ce mystère que tous habitait et avec laquelle ils ne faisaient qu’un. Assis en tailleur, j’écoutais en silence ce que tous m’offraient, je goûtais à sa présence, son indicible parfum qui chaque jour je le savais faisait naître l’improbable, l’inattendu, l’essence de toute vie.
Au petit matin je repris le chemin de mon hôtel, l’effet produit par la nuit pris plus de deux jours à se dissiper. Deux jours durant je vécus des moments de panique au cours desquels je replongeais au sein de mon cauchemar, coupés des autres, engloutis dans ce monde ou seul Dieu régnait en Maître. Les jours s’enchaînèrent, certes mon monde avait changé depuis cette nuit, mais l’accès à cette magie idyllique me paraissait trop lointaine et hors de portée. J’avais eu si peur que seul m’importait de ne rater aucune occasion d’avoir du cœur. Il me fallait trouver l’autre, découvrir cette étoile qui me mènerait à la totalité. C’est alors qu’eu lieu la troisième déflagration.
Bang!, ma mine s’est écrasée sur la feuille blanche et la parcoure d’un rythme soutenu. Rien n’existe et je ne sais encore ce qui va surgir. L’instant est sacré, le big bang, l’intention à la rencontre de son souffle. Une histoire prend forme quelle est elle je ne sais pas, la résultante de tout ce qui me tient à cœur. C’est une danse avec elle, tout est permis même les faux-pas, l’improvisation est reine.
Qu’importe les répétitions le peu de vocabulaire, le style, l’esthétisme, ces barrières imposées par une société au regard malade dont je ne me soucie plus. Seul compte le rythme, entrer dans la musique, aller au bout du chemin et entrer dans ce lieu où les murs s’effondrent. J’écrivis sans relâche illustrant l’histoire de quelques dessins vite fait et sans préoccupation de ce qui était beau et de ce qui ne l’était pas épris de cette passion qui n’a que faire de ce qui existe ou de ce qui a existé.
J’écrivis, je raturais, je modifiais, le tout pour atteindre ce monde idéal, cette île cachée sous la brune comme une espérance que l’on ne pouvait jamais atteindre.
Je m’inspirais des livres que j’avais lu, romans fantastiques, ésotériques, contes pour enfants. Ma passion me dévora et tout comme mes premiers pas en peinture, la vie s’écoula en moi, sans barrière pour l’arrêter, ni barrage pour la contenir. 
Je vécus ainsi m’immergeant de plus en plus dans ce monde irréel comme si ma main qui tenait le stylo était autre, habité par je ne sais qui, un être capable d’une poésie, d’une beauté et d’une audace qui m’émerveillait à chaque détour de ligne. Ma fièvre persista, il n’y avait aucune loi pour me réfréner ou pour dire ce qui pouvait être ou ne pas être.
Je vivais mon personnage comme si j’étais lui, je ne faisais plus qu’un avec ce héros que j’admirais, imitant sa voix, ses mimiques, mais aussi ses imperfections qui le rendaient humain, aimable. Je riais tout seul, savourais les nuits auprès de sa belle, m’imposais face à l’adversité qui chaque jour le rendait plus fort et inoubliable à mes yeux.
J’avais oublié qui j’étais, à sa place avait surgi un être dont je n’avais pas soupçonné l’existence guidé par une joie et une liberté totale. J’étais la violence tout comme l’amour, la cruauté autant que la compassion, rien ne me définissait, il n’y avait pas d’attente, juste un éternel présent au sein duquel tout pouvait être exprimé. Une étoile brillait, simple aimante et belle, celle de la beauté et de la poésie une force qui balayait tout doute, toute hésitation, le monde surgissait tel un terrain de jeu où le langage s’était accouplé à l’amour pour créer la vie.
toc toc toc... 
Quelqu’un a frappé à la porte. Cela doit être l’âne, je l’avais encore oublié.
Toc, toc, toc, entre donc lui dis je.
Toc, toc, toc
 
 



25.06.2011

les trois anges

Résoudre l'énigme de la formule magique ne fut pas aisée et pour l'instant demeure en partie cachée. Ce qui suit sont les premières lignes de mon dernier voyage au sein de la jungle et dans les salles vides des temples abandonnés, perdus sur les flancs escarpés des montagnes sacrées. 

 

Eleonore, gabriel et tenue légère, sont trois anges incertains et plumés qui viennent durant la journée m’assaillir de leur verbe énigmatique. Ils sont comme des poissons que jamais je ne peux saisir. Leurs corps sont informes, imaginaires, et évoluent au gré de mes fantaisies et de mes humeurs. Ils sont lune, étoile et soleil, sans cesse en mouvement et toujours aussi imprudent à me tenir aux limites de la folie.
Je les aime, mais aussi les déteste quand, de leurs jeux, je me trouve en situation périlleuse ne comprenant rien de leur enseignement. Il me faudrait les peindre pour en avoir une image, mais de suite je me heurte à l’infini des tableaux qui en jailliraient.
Tenue légère me tente et me pique de tous mes désirs, m’apprend le rire, la vie, le sensible et la poésie. Gabriel se veut un maître intransigeant, source de sagesse et de connaissance qui assis dans un large fauteuil de cuir se moque de la folie de mes passions de l’absence de mes buts, de mes mouvements désordonnés, et de mes peurs incontrôlés. Eleonore quant à elle, est le chemin idéal, l’image fixe qui jamais ne change et toujours trouve un écho véritable dans ma nature. Elle est le guide, l’aiguille perdue dans la botte de foin, celle de la boussole qui toujours me ramène dans le lit de noce, espérance d’une paix et d’un amour sans fin.
Trois anges et trois démons me tiraillent, ils sont anges, je le sais mais eux ne cessent de vouloir me prouver qu’ils sont le mal absolu. Alors me voilà possédé, les yeux rouges, le visage noir, entouré de serpents qui se dressent dans un décor satanique où mon être se vit dans les ténèbres. Je hurle, je me bat, mais cela ne sert à rien, les anges s’amusent de mes peurs, me questionnent, oui oui oui, je suis bien envoûté et bientôt je roussirais dans les flammes de l’enfer. Je coure, je cesse de penser mais eux sont les maîtres, impossible de leur échapper ou même de vouloir se jeter sous les roues d’une voiture. Questions et réponses, il me faut apprendre pour échapper à la folie et à cette peur incontrôlable d’être le mal. Au commencement était le verbe...mais pas que cela, je l’ai vécu, oui, ce n’est qu’une histoire alors,... il me faut vous la conter pour que vous aussi vous n’ayez aucun doute sur votre propre nature, car peut être, êtes vous le diable.